Historique du Pian sur Garonne

Le Pian sur Garonne : L’histoire connue du village peut remonter jusqu’à l’époque gallo-romaine, puisque des vestiges subsistent et que certains terrains sont encore répertoriés sur le plan d’urbanisme.

Le bourg d’origine était situé sur la partie basse de la commune, le long de la RN 113, à proximité de la Garonne. Son église du XIIème siècle abritait la « maladrerie » qui recevait les personnes atteintes du pian, forme de maladie vénérienne, venue des pays lointains. Les malades, tenus à l’écart, devaient arriver par bateaux et accoster au bout du chemin du Pradeau qui les menait directement à la chapelle.

La paroisse du royaume Notre Dame de Pian, s’étendait jusqu’à la Place des Tilleuls de Saint Macaire et était gérée par les notables qui se réunissaient en assemblée dans l’édifice religieux.

Elle devint commune après la Révolution. Le 13 juillet 1793 des citoyens élus se réunirent pour la première fois à la Maison commune. Le curé de la paroisse fut convoqué pour remettre les registres paroissiaux de naissance, mariage et décès qui devinrent état civil.

Le 27 janvier 1956, la commune de Pian devînt le Pian sur Garonne.

Le Pian sur Garonne à ce jour

Le village couvre 635 ha.

La population qui dépassait les mille habitants avant l’annexion, est restée faible jusqu’au milieu du XXème siècle. En 1962, on comptait 417 habitants. Aujourd’hui, l’INSEE en retient 967.

L’HISTOIRE DE PIAN SUR GARONNE ,en détail, écrite par un de nos administrés: Stéphane COCQUET.

PREMIERE PARTIE

Si, comme semble l’indiquer l’archéologie, il y avait une villa gallo-romaine à Ligena – nom antique de Saint-Macaire – le territoire de Pian devait nécessairement faire partie de son domaine,1 du moins la partie basse, fertile et facile à travailler. Cette relation territoriale étroite entre Pian et Saint-Macaire se retrouvera tout au long de l’histoire (deuxième partie) et aura pour Pian de considérables répercutions jusqu’au début du XXe siècle (troisième partie).
Les quelques vestiges de l’époque romaine mis au jour lors de travaux de défonçage du sol, et les sondages effectués dans les années 70 par messieurs Billa et Baudet, attestent que le territoire était cultivé et habité à cette époque. De nombreux fragments d’amphores italiques retrouvés à proximité du quartier de l’Église témoignent de la présence ici d’un « débarcadère », suggérant un trafic marchand par la Garonne, vraisemblablement de vins venus de Pompéi. La culture de la vigne n’apparaîtra à Bordeaux qu’à la fin du Ier siècle de notre ère, avant de timidement conquérir les palus de la rive droite de la Garonne, sans doute dès le IIe siècle, peut être le IIIe pour atteindre Saint-Macaire. Jusqu’au XVe siècle la vigne y restera modeste, faite de petites parcelles parsemées au milieu des autres cultures, produisant principalement
des vins destinés à la consommation locale et les besoins du culte. Sous l’impulsion des bourgeois de Saint-Macaire, les premières propriétés d’importance apparaîtront au XVIe siècle au bas-Pian,3 et si la vigne a progressivement gagné le coteau, elle y conservera sa dimension très parcellaire et vivrière jusqu’au XIXe siècle.
Les temps en amont de l’an 1000 sont obscurs pour notre région : Les dévastations dues aux invasions barbares, puis sarrasines, et enfin normandes n’ont quasiment rien laissé aux historiens ; presque tout a été irrémédiablement détruit. Cette période de chaos se termine en 994 par une terrible épidémie d’ergotisme qui accabla ce qui restait de la population locale rescapée des massacres. À partir de là, la civilisation reprendra progressivement ses droits. En effet, le XIe siècle marque l’entrée dans une période de prospérité : Les seigneurs de guerre s’organisent en vainqueurs, leurs relations se pacifient sous l’égide d’une Église qui se restructure et se réforme pour prendre en charge une société en pleine effervescence. Qui aurait pu appartenir à la puissante famille des Pontius Paulinus. La légende macarienne raconte qu’au début du Ve siècle, Paulin de Nole (qui deviendra Saint-Paulin) aurait commandité un certain Makarios (Macaire) pour venir prêcher le Christ sur son domaine de Ligena, en face d’Alingo (Langon) où il possédait une villa et un domaine.
Éric Gassies, archéologue au POSHA, cité par Joël Baudet, conférence du 2 juin 2002 « Journée Pian-Saint-Macaire » Sandrine Lavaud, Les dynamiques du vignoble de Saint-Macaire à la fin du Moyen-Âge, CLEM du 20/10/2023 à Saint-Macaire.

Ainsi, en 1027 le Duc d’Aquitaine donne le prieuré fondé par Saint-Macaire à l’abbaye bénédictine de Sainte-Croix de Bordeaux. Mais la soumission des macariens à l’autorité de l’abbé ne se fera pas sans heurts. Persuadés d’avoir été spoliés, ils multiplieront en vain les recours et au XIIe siècle le conflit dure encore. C’est ainsi que nous trouvons dans les archives une lettre que Bertrand de Lignan, abbé de Sainte-Croix de Bordeaux adresse au Pape Alexandre III au mois de mai 1165.4 Il se plaint que les moines de Saint-Macaire, pourchassés par les gens de l’Archevêque, se réfugient dans l’église de Pian où il est impossible de les saisir. Voici donc la première mention historique de Pian. L’abbé écrit « église Sainte-Marie d’Apian ». Apian donnera Pian, comme Alingo devindra Langon, le A initial entendu comme la préposition « à ». La forme « Le Pian » n’est apparue qu’au XVIIIe siècle, sans doute par mimétisme avec Le Pian en Médoc, beaucoup plus connu par les autorités Bordelaises.5 « Le Pian » s’appelle donc « Pian » de son vrai nom, sans article,6 comme le perpétue toujours la tradition orale. En effet, ici on dit « à » et « de » Pian, tel qu’on le trouve encore gravé sur le fronton de notre mairie construite à la fin du XIXe siècle. « Le Pian » deviendra officiellement « Le Pian-sur-Garonne » en 1956, cette fois pour éviter toute confusion avec la localité homonyme.
Au début du XIVe siècle, une léproserie avait été établie à proximité de l’ancienne église de Pian, signalée par la croix de Gabot, anciennement appelée « crutz dous gahets » (croix des lépreux en gascon).7 Ce fait fut l’occasion d’un jeu de mot à la mode gasconne, associant le nom de Pian avec la maladie du pian, pathologie de la peau ressemblant effectivement à la lèpre, mais rapportée d’Amérique par l’équipage de Christophe Colomb en 1494. Attesté au XIIe siècle dans la lettre de l’abbé de Lignan, le vocable Notre-Dame de Pian ne peut donc pas être issu d’une pathologie qui n’exista en Europe et sous ce nom qu’à partir du milieu du XVIe siècle. Car le terme pian désignant cette maladie, est un mot de la langue tupi que les indiens donnaient eux-mêmes à ce mal chez eux endémique.8 Avant l’introduction en Occident du terme
amérindien « pians » en 1557, le nom français de cette maladie était la framboésie, évoquant l’aspect des pustules qui couvraient le corps des personnes atteintes.9 L’hypothèse de Serge Bancheraud prétendant que « pian » aurait eu le sens de « maladie de peau proche de la lèpre » en ancien gascon n’est guère soutenable.
En effet, la question de l’origine du nom de la maladie du pian a été précisément débattue devant l’académie de médecine par les philologues Roulin et Levacher. Ils n’ont au mieux trouvé qu’un mot en gaélique irlandais voulant dire « mauvais rêve ». Si le mot « pian » au sens de « maladie de peau » avait existé en gascon ou dans une de ses langues racines, nul doute que ces éminents messieurs de l’Académie l’auraient révélé.12 Il est d’ailleurs peu probable qu’on ait attribué le nom d’une maladie à une église dédicacée à la Vierge. Par miséricorde envers leurs souffrances, on pourrait éventuellement trouver des Sainte-Marie des lépreux, mais aucune Notre-Dame de la lèpre. Il se pourrait aussi qu’Apian ait été le domaine romain d’un dénommé Appius.13 Mais jusqu’à présent l’archéologie n’a pas trouvé trace de villa à Pian ou à proximité en dehors de Ligena comme nous l’avons déjà évoqué, et Appius n’est pas un gentilice aquitain. Plus simplement, l’étymologie de « Pian » est très probablement dérivée du mot latin « planum » qui désigne un endroit
morphologiquement plat (plaine ou plateau). « Notre-Dame de Pian » signifierait donc Notre-Dame « de la plaine », dont on peut aisément mesurer la vaste étendue au point de vue situé au bout du chemin de la Gravette. D’ailleurs, Le Pian- Médoc et le château du Pian à Bouliac partagent le fait d’avoir été initialement établis sur une zone plate contrastant avec le paysage environnant. L’appellation géographique « pian » se retrouve à foison dans toute l’Occitanie jusqu’en en Italie, partout et toujours pour les mêmes raisons topographiques.

DEUXIEME PARTIE

Nous nous retrouvons au XIe siècle, au moment où l’on assiste à la reprise en main de notre contrée par les puissances laïques et religieuses issues de l’empire carolingien déclinant.
Au tournant de l’an Mil, frontière entre le bordelais et le bazadais, Saint-Macaire apparaît comme un point convoité par les puissances locales qui se reconstituent. Sa position stratégique sur son éperon rocheux surplombant la Garonne qui alors courrait à ses pieds, en faisait un point de contrôle évident en amont de la capitale du duché d’Aquitaine. Saint-Macaire bénéficiait en outre de l’effet de marée montante et du jusant qui facilitait les échanges commerciaux avec Bordeaux. Un fructueux péage fluvial y fut donc « naturellement » établi. Ainsi, en 1027 la chapelle Saint-Laurent où reposait le corps légendaire de Saint-Macaire est donnée par Guillaume, Duc d’Aquitaine, à l’abbaye Sainte-Croix de Bordeaux qui transforme le site en prieuré, et y bâtit une nouvelle église dédiée à Saint-Sauveur. Un château est construit et un bourg se développe autour de ce noyau tout neuf, dès lors fortifié puisqu’ainsi évoqué lorsque le Duc d’Aquitaine le ruinera en 1096.
Étrangement limitée dans ses remparts, son terroir devait être Pian au point de considérer l’ensemble comme un tout. En effet, véritable dernière paroisse du diocèse de Bordeaux, Notre-Dame de Pian2 fut ignorée des chroniqueurs au profit de la ville qui gagna en puissance. De ce fait, l’histoire de Pian peut se deviner à travers l’ombre de celle de Saint-Macaire que nous connaissons en détail.3 Nous rappelons que l’existence de la paroisse Notre-Dame de Pian est attestée depuis au moins 1165. Les pianais vécurent, participèrent probablement et subirent sans aucun doute tous les évènements qui touchèrent la ville. Jusque-là principalement limités aux convoitises locales, les conflits pour le contrôle de notre territoire prirent un nouveau tournant lorsque l’Aquitaine devint anglaise en 1154. Les seigneurs prennent alors parti pour l’Anglais ou pour le Français suivant leurs intérêts ; tout le XIIIe siècle verra en effet Saint-Macaire être tour à tour du côté du Lys ou du Léopard. En 1299 la région de Saint-Macaire est réputée inhabitable4, preuve que ses
alternances ne se firent pas sans dommages. Mais après le ralliement de La Rochelle aux français en 1244, Bordeaux était devenu le seul port atlantique anglais. La capitale de l’Aquitaine avait alors vu son chiffre d’affaires centuplé. Dans les années 1308-1309 on parle même d’un Eldorado avec un million d’hectolitres de vins exportés depuis Bordeaux vers les pays du nord, principalement l’Angleterre. La Guienne vineuse se serait alors livrée à la monoculture viticole. Saint-Macaire, grâce à son péage et ses nombreux privilèges, dont celui des vins, s’enrichit et connaîtra paradoxalement son apogée au XIVe siècle. En effet, administrée par des jurats et des maires depuis 1324, elle sut habilement tirer parti des jeux de surenchères auxquels les belligérants se livrèrent. Car entre 1371 et 1377 Saint-Macaire changea quatre fois de « nationalité », de façon plus ou moins destructrices. L’ardeur montrées par Du Guesclin et ses alliés pour prendre Saint-Macaire en 1377 restera dans les annales particulièrement douloureuses de la ville et ses
alentours. On dit que pour la première fois depuis 1200 ans, on ne vendangea pas cette année-là. À la suite, Saint-Macaire restera française jusqu’en 1420, année où la ville subit pendant un mois une pluie de boulets de 400 kg propulsés grâce à la poudre et les bombardes. Une nouvelle fois dévastée, Saint-Macaire se rendit aux anglais avant d’être définitivement remise en l’obéissance du Roi de France en 1453 par Xaintrailles.

Pour imaginer le sort des pianais, il faut donc se représenter trois siècles d’allées et venues répétées d’armées constituées de mercenaires, tortionnaires et autres écorcheurs sans feu ni lieu, vivant sur l’habitant, violant, pillant, épuisant les campagnes environnantes, si ce n’est les dévastant.
Un adage éloquent de l’époque dit que « guerre sans incendie vaut andouille sans moutarde » ! Autrement dit on enflamme rien que pour le plaisir de voir flamber ou pour la simple satisfaction de laisser une trace de son passage. La destruction des cultures, en particulier l’arrachage des vignes est aussi monnaie courante. Ajoutons que l’envahisseur ne disparaissait jamais totalement durant les périodes d’accalmies, que personne n’ose appeler de paix. Attendant la reprise des hostilités, des bandes de soldats sans-emploi rançonnaient les campagnes. Enfin, aux malheurs des sièges, des occupations et leurs lots de souffrances, ajoutons ceux des disettes et des famines que de brutaux bouleversements climatiques exacerbent.5 C’est donc une population piano-macarienne déjà très affaiblie qui fut frappée par la grande peste de 1347

TROISIEME PARTIE

1789 – 1861
A Saint-Macaire, la fin du XVIIe et le début du XVIIIe n’offrent guère de faits notables pour l’histoire de Pian. Hormis l’enlisement de la Garonne qui se poursuit inexorablement et contraint la ville à déplacer successivement ses ports. Élément d’intérêt car l’accès au port de Tivoli deviendra un enjeu dans les évènements qui vont suivre.
L’histoire de Pian émerge pour et par elle-même en même temps que la paroisse acquiert sa liberté municipale, signant son émancipation vis- à-vis de Saint-Macaire. La Révolution de 1789 est passée par là ; la Bastide est tombée et avec elle tout un imbroglio de coutumes, de droits et de privilèges patiemment et « anarchiquement » accumulés depuis des siècles dans tout le royaume. Les municipalités sont créées, modelées sur l’ancestral découpage paroissial et seront chacune (44000 dit-on) administrées par une assemblée élue dirigée par un maire.
Ainsi, d’un simple trait de plume du législateur1, Pian se trouve désormais en capacité de présider seul à sa destinée, et le 14 février 1790 se tient en la vieille église Notre-Dame, la première réunion des citoyens actifs qui voteront la première « équipe » municipale de Pian. À Saint-Macaire se déroule la même procédure, sauf que pour elle, ce n’est ni nouveau2, ni une bonne nouvelle. En effet, du fait de la prise d’indépendance des communes limitrophes et une fois les limites communales établies3, les prérogatives de la ville se retrouvent limitées à ses remparts et au faubourg Saint-Denis, c’est à dire 55 hectares. Cette situation est intolérable et l’idée d’un projet de dissolution de la toute nouvelle commune de Pian circule, la voulant démantelée entre Saint-Macaire, Saint-Pierre, Saint-André et Saint-Maixant.4 En conseil, les pianais s’en émeuvent, jusqu’à écrire une lettre à l’Assemblée Nationale. Le projet restera sans suite.
Mais l’idée que la ville doit s’agrandir persistera et s’amplifiera. Car Saint-Macaire étouffe, d’autant qu’elle a à supporter de nombreuses charges en tant que chef-lieu de canton.6 Ainsi le 14 mai 1839, une demande officielle d’annexion du faubourg de Pian et de celui des cordeliers de Saint-Maixant est décidée par la municipalité de Saint-Macaire, menée par le maire Jean FERBOS. Ce premier projet d’annexion concerne les deux faubourgs de Saint- Macaire.7 Celui de Pian, dit de haut, et celui des cordeliers de Saint-Maixant.
La requête se retrouve rapidement sur le bureau du sous-préfet, alors à La Réole. L’homme connaît bien le coin – écrit-il au préfet – il connaît les populations en cause et prévoit les difficultés à venir ; il regrette par avance que la loi du 18 juillet 1837 encadrant l’administration municipale8 donnera tous les moyens à l’opposition pour faire capoter le projet, et c’est en « traînant les pieds » qu’il lance la procédure. Celle-ci prévoit la consultation des habitants concernés par l’organisation d’enquêtes dites de commodo et incommodo. Celle de Pian a lieu le 20 mars 1842 (3 ans après la demande initiale…) et le résultat est sans appel : Hormis à Saint-Macaire où 100 % des habitants sont pour l’annexion9, Pian la rejette à 99,9 %.10 Seuls 6 pianais consultés, dont et menés par Jacques Hippolyte PÉCHADE11, adhèrent à l’annexion.

Nous sommes sous Louis Philippe, roi des français, dont le programme est de réconcilier la République héritée de 1789 et la Monarchie qu’on souhaite restaurer ; dans l’esprit de cette période, les institutions se doivent de respecter le peuple et sa volonté, et les macariens sont naturellement déboutés de leur demande. Cette victoire confortera l’unité pianaise et sa légitimité dont sera auréolé Jean TEYNIÉ12, le maire de Pian depuis 1840.13 Mais le 12 juin 1856, lorsque Saint-Macaire formule sa seconde demande d’annexion, le contexte politique est bien différent. La Monarchie de Juillet a été renversée par la deuxième République avant d’elle-même basculer sous le Second Empire suite au coup d’État de Louis Napoléon BONAPARTE en 1851, qui se proclamera empereur sous le nom de Napoléon III. L’heure est au développement économique et à la modernisation de la France sur le modèle anglais que Louis-Napoléon a connu en exil. C’est l’industrialisation à marche forcée et le développement des villes appelées ; le chemin de fer sera le moteur de ce processus. Justement, la ligne Bordeaux-Sète et la gare de Saint-Macaire14 viennent tout récemment d’être inaugurées. Contrairement à 1839, ce n’est plus uniquement Saint-Macaire qui désire cette annexion, mais l’État qui afin de fédérer les campagnes autour de centres urbains suffisamment « dotés » voit cette annexion comme indispensable.
Localement, Eugène DAUTY, le maire de Saint-Macaire (1854-1860), courtier en vin, par ailleurs conseiller de l’arrondissement de La Réole pour le canton de Saint-Macaire, est un bonapartiste convaincu. Il a épousé Joséphine BOINARD, nièce de Bernard BOINARD maire de Pian entre 1816 et 1821. Cet homme qui a visiblement le sens des affaires et des ambitions politiques a sans doute compris que le moment été propice. Portée par la volonté du pouvoir exécutif et un an après l’inauguration de la gare, Saint-Macaire se plaît sans doute à rêver d’un nouvel essor économique.
Si en 1839 le projet n’avait concerné que la partie urbaine de Pian et avait déjà suscité une forte opposition, en 1856 c’est la totalité de la commune de Pian qui est visée.17 L’idée est d’éviter les arguments qui avaient prévalus en 1842 et fait échouer la première tentative : avec l’annexion totale, Pian ne serait pas diminué de la moitié de sa population la plus riche, conserverait son identité paroissiale avec son église, son cimetière, son presbytère, sa fabrique…

Mais les choses n’iront pas comme espérées. Cette nouvelle demande met aussitôt les pianais, surtout ceux de la côte, dans un état d’irritation qu’il nous serait difficile de dépeindre. L’idée de la disparition de leur commune au profit de la ville, autant que celle d’être dépossédés de leur titre d’habitants de Pian, est perçue par chacun comme une insupportable humiliation personnelle explique le sous-préfet à son supérieur. Au bas-Pian les choses sont plus mitigées, car au niveau civil, Saint-Macaire et le « faubourg de Haut » forment dans les faits une communauté assez homogène. En effet, depuis des siècles, les familles de Saint-Macaire et du bas-Pian sont entremêlées par d’innombrables alliances. Ces pianais fréquentent les cafés de la ville, assistent aux réunions publiques, sont sociétaires de ses cercles et souscrivent volontiers toutes les fois qu’il s’agit de rendre brillantes les fêtes de Saint-Macaire. Objectivement, cette annexion totale ne changerait pas grand-chose pour la plupart d’entre eux, puisqu’ils resteraient pianais par la
paroisse, continueraient de fréquenter l’église et le cimetière, leur curé de Pian auxquels ils sont attachés.
Il est avéré que les Pianais plus ou moins favorables au projet d’annexion — notamment ceux du bas — furent soumis à des pressions importantes de la part des opposants, principalement issus du haut du village, mais pas uniquement. Rappelons que la mairie de Pian, centre névralgique d’une résistance active menée par l’infatigable maire Jean TEYNIÉ — habitant la Gravette, donc sur le coteau — se trouve en plein cœur du bourg et exerce une influence forte et directe sur le bas-Pian. À ce moment-là, nul ne pouvait prédire l’issue du processus : l’annexion pouvait très bien échouer, comme ce fut déjà le cas en 1843… Les résultats de l’enquête de commodo et incommodo, menée le 20 juillet 1856, seront sans équivoque : 248 voix s’expriment contre l’annexion, contre seulement 2 en sa faveur. Pourtant, le commissaire-enquêteur — Jacques Hippolyte PECHADE, nommé entre-temps juge de paix à Saint- Macaire — rend un avis favorable dans ses conclusions. Selon lui, « la somme des avantages qui naîtra de l’union apparaîtra à tous les yeux en se
manifestant par une plus grande prospérité commune ». Outre l’évident parti pris du commissaire, cette enquête est entachée de nombreuses irrégularités, vigoureusement dénoncées par la municipalité de Pian. PECHADE a également recours à plusieurs « petits stratagèmes », flirtant avec les limites de la légalité, visant à décourager autant que possible les Pianais de se présenter et de faire entendre leur opposition.
Mais si le projet d’annexion de 1856 reçoit l’aval du commissaire, la commission administrative du conseil général, quant à elle, ne s’y laisse pas prendre. C’est à ce moment qu’entre en scène une figure décisive pour la suite de l’affaire : le baron Jérôme David, qui, loin de se contenter des seules conclusions du commissaire, prend le temps d’examiner en détail les enquêtes préalables. Jérôme DAVID18 commença sa carrière politique en 1854 comme conseiller général de la Gironde où il s’installe suite à son mariage en 1853 avec Élisa MERLE, dite Larissa, fille unique d’Adolphe MERLE, riche propriétaire et notable de Langon, et de Cécile COLLAS, elle-même descendante de la bien connue famille BRANNENS. Il s’oppose fermement à l’annexion soutenue voire initiée par le préfet de MENTQUE19 dont l’objectif est de rationaliser les territoires communaux en fonction des réalités économiques et démographiques.
Ce projet, conçu dans une logique technocratique, heurte en effet des équilibres anciens et suscite de fortes oppositions, d’abord chez les habitants de Pian et de Saint-Maixant, mais aussi chez les Langonnais peu enclins à voir se développer leur rivale de toujours : Saint-Macaire. Or, la légitimité politique toute récente de DAVID est précisément ancrée sur les réseaux d’influence de la bourgeoisie langonnaise qu’il a rejoint suite à son union. Peut-être incertain d’obtenir l’appui du conseil général, le préfet invoque soudain un défaut dans le tracé de la limite nord entre Saint-Maixant et Saint-Macaire pour demander un complément d’instruction. Ainsi, le 30 août 1856, la commission du conseil général, sans avoir examiné le fond de la question, prononce le renvoi de la décision à une date ultérieure.
Cette décision sera interprétée localement comme un bis repetita de 1843 : Les pianais sont persuadés que l’annexion restera sans suite et s’en réjouissent avec grand tapage. À Saint-Macaire, au contraire, la conviction que le Conseil général a enterré leur projet provoque une amertume telle que le conseil municipal au complet donne sa démission. Deux années de statu quo s’ensuivent, plongeant les populations dans l’expectative : satisfaction triomphante d’un côté, amertume et regrets les plus vifs de l’autre.

L’idée d’une annexion reste cependant dans tous les esprits, et Saint-Macaire relance régulièrement le sous-préfet sur l’état d’avancement du dossier. Sans réponse formelle, ce dernier finit par recommander de revenir à un projet partiel : selon lui, les Pianais du haut ne se résigneront jamais, tandis que ceux du bas seraient plus faciles à convaincre. Le 7 juin 1858, Saint-Macaire soumet donc une nouvelle demande d’annexion, cette fois limitée au territoire compris entre la Garonne, la ligne de chemin de fer, la route de Sauveterre et le chemin de Gabot jusqu’au ruisseau du même nom.
À partir de là l’affaire sera principalement dans les mains de l’administration.20 Après de nouvelles enquêtes correspondant à ce nouveau périmètre, le dossier revient devant le conseil général le 31 août 1858. La commission d’administration conduite par le baron DAVID combat le projet ; le préfet de MENTQUE le défend comme une nécessité absolue pour l’intérêt cantonal et obtiendra l’adoption par 23 voix contre 16. On passe alors à l’étape suivante et l’affaire est transmise au ministère qui le retourne à la préfecture le 8 avril 1859. Le conseil d’État a conclu que l’annexion partielle de Pian et de Saint-Maixant ne saurait être suffisante pour réaliser un projet qui dépasse l’intérêt isolé de Saint-Macaire et réponde à l’intérêt supérieur du canton.
Il recommande de revenir à l’annexion totale de la commune de Pian du projet de 1856 mais d’envisager également l’annexion de tout Saint-Maixant.


18 avril 1859, nouvelle demande de Saint-Macaire dans ce sens, nouvelles enquêtes produisant les mêmes résultats d’adhésion et de rejet. Retour au conseil général le 25 août 1859 où sans surprise la commission administrative repousse le projet par 8 voix sur 12, pour une nouvelle fois être adopté en session plénière à 22 voix contre 19. Le résultat est serré mais suffisant pour qu’à nouveau l’affaire reparte au ministère qui fera suivre au Corps législatif.
Pendant ce temps les populations manifestent ; qu’elles émanent de la population ou des élus, les pétitions foisonnent ; les esprits s’échauffent surtout sous la menace de la version de 1859 qui voit comme en 1856, se profiler le risque de la disparition totale de Pian. Il est fort probable que ce soit durant cette périlleuse période (1859-1860) qu’eut lieu la « célèbre » anecdote dites des « têtes de canards ». D. A. VIRAC, contemporain des évènements, nous dit : « au plus fort de l’instruction qui avait lieu pour l’annexion, un jour que l’on célébrait la fête locale de la paroisse, un pianais eut la singulière idée de recueillir un grand nombre de têtes de canards qui avaient été tués la veille, d’en faire une guirlande et d’attacher celle-ci à sa croisée par l’une des extrémités et à la croisée de son voisin d’en face par l’autre bout22, en y plaçant au-dessous cette provocante inscription : « Quand ces têtes de canards chanteront, De Saint-Macaire les Pianais seront ». »
Car malgré tous les revers et rebondissements, les pianais, toujours convaincus de leur bon droit, gardent espoir et foi en la justice. Surtout que le baron DAVID vient de remporter les élections législatives partielles de 1859.23 Devenu député de la Gironde, il siège à la Chambre et intègre logiquement la commission d’examen du projet de loi d’annexion. Mais leurs chances de l’emporter sont bien maigres. Les pianais tentent une ultime manœuvre en proposant d’abandonner le port de Tivoli et la gare à Saint-Macaire, espérant discréditer deux des principaux arguments mis en avant pour justifier la demande d’annexion. Ceci témoigne qu’ils n’ont pas compris la nature de l’enjeu : Comme nous l’avons déjà souligné, le gouvernement et le conseil d’État se moquent bien des revendications particulières de Saint-Macaire.24 Cette proposition de cession de leurs biens au profit de la ville finira même par se retourner contre eux : Elle sera interprétée par la commission comme un aveu tacite des pianais de la reconnaissance d’un problème dans la situation de Saint-Macaire.
Nous connaissons déjà l’opinion du baron DAVID qui en 1860 est devenu maire de Langon.25 Mais cette fois il ne parviendra pas à emporter l’adhésion de ses collègues. En effet, Louis CURÉ, lui aussi député de la Gironde, fait également partie de la commission et se rendra à Saint-Macaire pour de visu se rendre compte du problème. Sa conviction sera faite en constatant l’agglomération des parties urbaines des deux communes avec la ville, et finira par convaincre la majorité des autres membres. Une fois le principe accepté, reste encore à déterminer, parmi les trois projets qui finalement ont à leurs yeux tous été approuvés, dans quelle proportion se fera cette annexion. Cette négociation prendra plusieurs mois et de nombreuses réunions pour enfin tomber d’accord sur le projet de 1858, celui qui était revenu à la formule de 1839, c’est à dire l’annexion partielle ne comprenant que les parties urbaines des deux communes visées : « Il diminue la population de Pian et de Saint-Maixant, mais il ne leur enlève qu’une faible superficie et leur laisse les
ressources nécessaires à leur vie communale ».
Cette mouture est transmise au conseil d’État qui l’accepte le 2 juin 1861. Le 4 juin le projet est soumis au Corps législatif26 où les députés se sont réunis en nombre, non pour la loi d’annexion, d’un intérêt somme toute local, mais pour le vote du budget qui a lieu le même jour. L’hémicycle est quasi comble27 et l’ambiance est déjà agitée lorsque s’ouvre le débat une fois encore animé par le baron DAVID. Sa ligne de défense se focalise sur la défectuosité des enquêtes et consiste à démontrer qu’en adoptant cette loi, fondée sur les seules conclusions des commissaires, l’Empire commettrait une injustice voire une immoralité envers deux populations dont l’avis n’a pas été véritablement entendu. Le colonel THIÉRION28 et le rapporteur TESNIÈRE lui apportent la contradiction. Tous trois se lancent dans de longues et pinailleuses diatribes qui exaspèrent l’hémicycle qui manifeste bruyamment son impatience. Le commissaire du Gouvernement THUILLIER, initialement présent pour la question budgétaire, est contraint d’intervenir : « Messieurs, jamais
affaire d’intérêt local ne s’est présentée devant vous dans des conditions meilleures, après un examen plus approfondi et avec un résultat plus satisfaisant. L’agrandissement de Saint-Macaire est une nécessité absolue et la solution trouvée est excellente à tous égards. Elle est conforme à l’avis unanime des autorités locales, aux votes réitérés du conseil d’arrondissement de la Réole et du conseil général de la Gironde ; elle a obtenu l’assentiment du conseil d’État et celui de votre commission, et elle obtiendra le vôtre, messieurs, car elle rend justice à chacun, répond à tous les besoins véritables, respecte dans la mesure du possible tous les intérêts sérieux et sauvegarde équitablement le présent comme l’avenir des trois communes engagées dans la question. » L’autorité a parlé, l’assemblée veut en finir, le président de la Chambre donne lecture du projet de loi :
ART. 1. La section de la commune de Saint-Maixant, canton de Saint-Macaire, arrondissement de la Réole (Gironde), comprise entre la rivière la
Garonne et le chemin de fer de Bordeaux à Cette, est distraite de cette commune et réunie à celle de Saint-Macaire, même canton.
ART. 2. La section de la commune du Pian, canton de Saint-Macaire, arrondissement de la Réole (Gironde), comprise entre la rivière la Garonne,
le ruisseau de Gabot, le chemin dit de Gabot, l’ancienne route départementale n° 2 et le chemin de fer de Bordeaux à Cette, est distraite de cette commune
et réunie à celle de Saint-Macaire, même canton.
ART. 3. Les dispositions qui précèdent auront lieu sans préjudice des droits d’usage ou autres qui peuvent être respectivement acquis.
L’indemnité à payer par la commune de Saint-Macaire à la commune du Pian, à raison de la mairie et de la maison d’école, ainsi que les autres conditions
de la réunion, seront ultérieurement déterminées par un décret de l’Empereur.
Il lance le vote puis annonce le résultat :
Pour : 233
Contre : 8
La loi est adoptée. Le 10 juin 1861, le Sénat ne s’y opposera pas et elle sera finalement promulguée par Napoléon III au journal officiel du 18 juin.

À suivre.